Interview de Youssef Rahou El Bachiri, formateur IPHI

Interview de Youssef Rahou El Bachiri, formateur IPHI

Je m’appelle Youssef Rahou El Bachiri, je viens d’Espagne d’une petite ville de la Costa Brava. Je suis diplôme en Physiothérapie par l’Université Rovira et Virgili. J’ai également réalisé plusieurs masters et diplômes universitaires pour me spécialiser et approfondir mes connaissances en thérapie manuelle, étude et traitement de la douleur, exercice thérapeutique, échographie musculo-squelettique et physiothérapie invasive. Actuellement je poursuis mes études avec une thèse doctorale et en parallèle j’exerce en tant que kinésithérapeute en cabinet libéral, formateur chez kinesport, IPHI et dans deux universités en Espagne.

1- Comment utilisez-vous l’échoscopie dans vos protocoles de soins ?

J’utilise l’échoscopie pour complémenter mon bilan kinésithérapique et évaluer la présence de drapeux rouges.  Je m’en sers aussi beaucoup pour le guidage des différentes techniques invasives et non invasives telles que les ondes de choc. Je me rend compte que la précision des traitements est déterminante pour avoir un résultat thérapeutique satisfaisant. Aussi, l’échoscopie permet d’éviter ou bien diminuer le risque de léser des structures à risques (nerfs, vaisseaux, organes, etc).

2-La physiothérapie invasive s’est fortement développée en Espagne et gagne un nombre considérable de pays en Europe, la France va-t-elle selon vous suivre cette nouvelle voie thérapeutique ?

Effectivement, la physiothérapie invasive est une spécialité très développée en Espagne. Actuellement c’est le pays référant dans le monde dans ce domaine en ce qui concerne la recherche et l’enseignement de ces techniques, mais aussi en nombre de praticiens. Dans ces techniques nous retrouvons le Dry Needling, l’Éléctrolyse Pércutané Intratissulaire et la Neurostimulation, les deux dernières se réalisent sous contrôle échographique.

La réussite du développement de ces techniques résulte de plusieurs facteurs : tout a commencé il y a plus de 25 ans avec la première formation en Dry Needling pour les kinésithérapeutes réalisée en Espagne. Le développement de ces techniques a été bien accueilli par les kinésithérapeutes puis s’est déployé avec puissance dans la culture des soins des kinésithérapeutes à tel point qu’actuellement, c’est un requis nécessaire pour accéder à la plupart des offres de travail. Le deuxième point fort est la recherche en milieu universitaire réalisée par des kinésithérapeutes. Elle a permis de donner un support scientifique et une crédibilité à cette technique. Une nouvelle étape a été franchie lors de la création de la méthode EPI il y a plus de quinze ans par le  Dr José Manuel Sánchez. Immédiatement des nouvelles portes ce sont ouvertes avec l’application des techniques invasives non seulement au traitement des Trigger Points Myofasciaux mais à tout le reste des tissus musculo-squelettiques. Enfin, la troisième étape qui est la grande nouveauté de ces cinq dernières années est développement de la technique de Neurostimulation Percutanée. Celle-ci permet d’aborder le système nerveux périphérique d’une façon invasive ou semi-invasive.

Un  évènement essentiel a permis de développer cette branche de la kinésithérapie de manière reconnue, c’est celui de la validation par l’Ordre des Physiothérapeutes Espagnol et des différentes associations qui ont contribué à faciliter le développement de la physiothérapie invasive en Espagne.

Concernant la France, un pas important a été l’avis relatif au Dry Needling emit par le Conseil National de l’Ordre des Masseurs-Kinésithérapeutes en 2017. Cet avis était attendu depuis des années par les kinésithérapeutes français. Je pense que la physiothérapie invasive va se développer en France. Cela va nécessiter du temps, de la patience et un travail conjoint entre les entités qui représentent la profession et les spécialistes dans le domaine.

3-Pouvez-vous nous parler de l’utilité de cette spécificité en kinésithérapie invasive dans le cabinet des kinésithérapeutes ?

Les techniques invasives en kinésithérapie sont des outils thérapeutiques utilisés généralement lorsque les traitements conservateurs ne donnent pas le résultat attendu mais elle commence à être pratiquée en première intention, dans le prolongement d’un solide raisonnement clinique et bilan kinésithérapique. Ce sont des techniques indiquées et conseillées pour pratiquement toutes les pathologies musculo-squelettiques rencontrées dans notre pratique. Cette méthodologie compte très peu d’effets indésirables. Actuellement la physiothérapie invasive est une alternative aux traitements conservateurs et chirurgicaux.

4-Qu’est-ce que la physiothérapie invasive à changer dans votre pratique ?

La physiothérapie invasive m’a permis de donner des options thérapeutiques là où j’en avais peu auparavant. L’ abord de ma pratique en kinésithérapie stagnait sur le plan thérapeutique. Désormais, je dispose d’une plateforme de techniques beaucoup plus large, et dans certains cas je m’aperçois que j’arrive à atteindre une récupération plus rapide avec un nombre de séance réduite.

5-Quels conseils avez-vous à donner aux kinésithérapeutes souhaitant se former à la physiothérapie invasive ?

Un point important de la physiothérapie invasive est la nécessité d’une formation solide qui donne aux kinésithérapeutes une connaissance très approfondie en anatomie, échoscopie et physiologie. Il faut également être très minutieux et avoir une précision au millimètre pour une application sure et efficace. En résumé un bon thérapeute en physiothérapie invasive ne peut pas se former en 2 ou 3 jours. C’est pour cela qu’avec l’Institut de Physiothérapie Invasive (IPHI) nous avons développé une formation sur 26 jours sur une année avec un contenu solide et approfondi. De plus, la formation IPHI est enseignée par des formateurs expérimentés dans le domaine, avec les plus grands référents nationaux et internationaux comme le professeur César Fernández de las Peñas, ou le créateur de la technique EPI le kinésithérapeute Dr José Manuel Sánchez, permettant ainsi également l’accès à l’EBP sur ces méthodes.

Un grand merci à Youssef pour cet interview sur la physiothérapie invasive. 

KINESIOTAPE VERSUS DRY NEEDLING DANS LE TRAITEMENT DES DOULEURS MYOFASCIALES DU MUSCLE TRAPéZE SUPéRIEUR: éTUDE RANDOMISéE EN SIMPLE AVEUGLE, PROSPECTIVE

Nesibe Dogan, Ilker Sengül, Seniz Akçay-Yalbuzdag and Taciser Kaya

INTRODUCTION

Le Syndrome de la Douleur myofasciale (SDM) est un trouble douloureux caractérisé par la présence de Trigger Points (TrP) dans les muscles squelettiques ou les fascias. Les TrP du muscle trapèze sont l’une des principales causes de douleur au cou et à l’épaule, leur traitement a comme objectif l’inctivation des TrP ainsi que l’élimination facteurs déclanchants et/ou de chronicité. Le traitement peut être effectué avec la technique de Dry Needling (DN) qui consiste à insérer une aiguille d’acupuncture dans un TrP. Le mécanisme d’action du DN n’est pas clairement connu mais certains auteurs l’attribuent à la destruction des plaques motirices dysfonctionnels.
Ces dernières années, une autre technique a été proposé pour le traitement du SDM ; le kinesiotape (KT). Le mécanisme d’action du KT proposé pour le traitement de la douleur liée au SDM est l’amélioration de la circulation dans les tissus mous ce qui faciliterai l’élimination des substances inflammatoires et la diminution de la pression exercée sur les nocicepteurs.

OBJECTIF
  • Comparer l’efficacité du KT et du DN dans le traitement du SDM du muscle trapèze supérieur à court et à moyen terme.
METHODES

Participants
Quarante-deux patients randomisés en deux groupes ont été inclus dans l’étude. Les critères d’inclusion étaient les suivants: (1) patients âgés de 20 à 50 ans; (2) patients souffrant de douleur dans la région du cou et des épaules liés à des TrP actifs localisés dans le muscle trapèze supérieur; (3) patients présentant une durée de symptôme d’au moins trois mois; (4) patients présentant un score de douleur égal ou supérieur à quatre; et (5) la volonté de participer à l’étude et de signer le consentement éclairé écrit.
Les critères d’exclusion étaient les suivants: (1) patients âgés de moins de 20 ans et de plus de 50 ans; (2) patients ayant des antécédents de chirurgie du cou; (3) présence des signes et des symptômes de radiculopathie; (4) présence de tout déficit neurologique; (5) avoir été traité pour le SDM du muscle trapèze supérieur au cours des six derniers mois; (6) grossesse; (6) infection ou irritation de la peau ou présence d’une plaie ouverte dans la région du trapèze supérieur; (7) trouble de coagulation ou sous traitement anticoagulant; (8) présence de tumeur maligne; (9) présence d’une scoliose; (12) l’épilepsie; (13) allergie connue au polyacrylate.

Protocole
Le TrP actif dans le muscle trapèze supérieur a été identifié par un médecin expérimenté. Ensuite il a également effectué les deux interventions (KT et DN).
Pour le groupe KT, quatre bandes en forme de « I » de 15 à 20 cm de long ont été appliquées avec le muscle trapèze supérieur en position d’étirement. Chaque bande a été appliquée avec une tension de 25 à 50% dans son tiers moyen. Aucun étirement n’a été appliqué aux bornes de la bande élastique (Fig. 1). Le KT a été appliquée trois fois à cinq jours d’intervalle.
Pour le groupe DN, en position ventrale le TrP a été repéré. Par la suite, une aiguille d’acupuncture stérile a été inseré dans le TrP (Fig. 2). Une fois dedans les aiguilles ont été manipulés plusieurs fois pour provoquer une secousse musculaire localisé. LE DN a été réalisé de trois fois à cinq jours d’intervalle.
Tous les patients ont fait des exercices d’étirement à domicile pour le muscle trapèze supérieur.

VARIABLES


Les patients ont été évalués à l’aveugle avant le traitement (T0), le cinquième jour après le traitement [T1 (court terme) et quatre semaines après T1 [T2 (moyen terme)]. Les patients du groupe DN ont été évalués au départ (T0), le cinquième jour après la dernière intervention [T1 (à court terme)] et à quatre semaines après le T1 [T2 (à moyen terme)].
Les critères évaluation principaux étaient l’intensité de la douleur évaluée par une EVA de 0 à 100 mm et le seuil de douleur à la pression avec un algomètre analogique.
Les critères d’évaluation secondaires étaient l’amplitude des mouvements cervicaux (flexion latérale du côté opposé) et l’indice d’invalidité du cou (NDI) pour le bilan fonctionnel.

RESULTATS
  • Réduction significative de la douleur (EVA) à court et à moyen terme par rapport au niveau initial dans le groupe KT (p = 0,002 et p <0,001, respectivement le groupe DN (p <0,001 et p <0,001, respectivement). Dans les analyses post-hoc de l’EVA pour la douleur sur le mouvement cervical, en plus d’une réduction significative à court et moyen termes par rapport à la valeur initiale dans le groupe KT.
  • Amélioration significative de l’amplitude articulaire cervicale à court et moyen termes par rapport aux valeurs initiales dans le groupe KT (p <0,001 et p <0,001, respectivement), ainsi qu’une amélioration significative dans le groupe DN ( p = 0,006 et p = 0,004, respectivement).
  • Amélioration significative pour le NDI à court et moyen termes par rapport aux valeurs initiales dans le groupe KT (p = 0,001 et p <0,001, respectivement) et dans le groupe DN (p <0,001 et p<0,001, respectivement).
  •  Le succès du traitement à court terme a été de 56.5 pour le KT et de 68.4 pour le DN ; à moyen terme de 73.9 pour le KT et de 89.5 pour le DN.
  • Il n’y a pas eu de differences significatives entre les deux groupes.
CONCLUSION


Le KT et le DN son deux techniques efficaces pour le traitement du SDM du muscle trapèze supérieur. Le KT peut être une option de traitement chez les patients souffrants de SDM où le traitement par DN présente de contre-indications.

Doğan N, Şengül İ, Akçay-Yalbuzdağ Ş, Kaya T. Kinesio taping versus dry needling in the treatment of myofascial pain of the upper trapezius muscle: A randomized, single blind (evaluator), prospective study. J Back Musculoskelet Rehabil. 2019 Mar 1.

DRY NEEDLING DANS LA DOULEUR CHRONIQUE DE LA PAROI ABDOMINALE D’ORIGINE INCERTAINE

Pandurangan Rajkannan, Rajagopalan Vijayaraghavan

INTRODUCTION

Les douleurs abdominales chroniques sont généralement attribuées à des maladies des organes abdominales, la paroi abdominale étant souvent négligée en tant que source potentielle de douleur. L’incidence de la douleur de la paroi abdominale a été rapportée entre 10 et 90% des patients dont la cause de la douleur abdominale était inconnue. La douleur est soit bien localisée, soit diffuse dans n’importe quel quadrant de l’abdomen et parfois avec une symptomatologie référée au dos, à la poitrine et/ou à la cuisse.

La douleur chronique de la paroi abdominale est souvent confondue avec la douleur viscérale entraînant des diagnostics inappropriés, un traitement insatisfaisant et des dépenses considérables. Une étude américaine a montré que le coût moyen des recherches et du traitement par patient chez les patients souffrant de douleurs abdominales chroniques était de 1100 dollars.

Sachant que la paroi abdominale est constituée de muscles squelettiques, la douleur pourrait provenir des Trigger Points Myofasciaux (MTrP). Les MTrP sont des points hyperirritables localisés dans une bande de tension palpable du muscle squelettique, ils peuvent provoquer une douleur locale et/ou référée.

Les symptômes causés par les MTrP des muscles abdominaux peuvent imiter des douleurs viscérales parfois identifiés à tort comme une hernie, appendicite, cholécystite, etc. Le patient préséntant des MTrP a généralement une douleur lancinante et parfois il peut ressentir une douleur intense et profonde dans la région abdominale. Des MTrP ont également été rapportés chez des patients atteints d’endométriose, de cystite interstitielle, de syndrome du côlon irritable, de douleurs pelviennes chroniques, de dysménorrhée et après une chirurgie abdominale.

OBJECTIFS
  • Evaluer l’efficacité du Dry Needling dans la douleur chronique de la paroi abdominale
METHODES

Protocole

La palpation de la paroi abdominale a été réalisée de manière systématique, incluant le grand droit abdominal et les obliques externes des deux côtés. La présence de MTrP a été confirmée sur la base des critères de diagnostic de Travel et Simons. Le muscle grand droit abdominal était impliqué chez tous les patients, alors que 4 patients présentaient des MTrP concomitantes sur l’oblique externe.

Une échelle numérique d’évaluation de la douleur (NPRS) a été utilisée pour enregistrer les scores initiaux. Le suivi a été determiné à quatre mois après la dernière séance de traitement. Les résultats ont été enregistrés immédiatement après la première session, après la dernière session et au bout de 4 mois au suivi.

La procédure Dry Needling a été expliquée et montrée sur une vidéo. Un consentement éclairé a été obtenu.

Les séances de Dry Needling ont été espacées de sept jours et aucun autre traitement ou exercice n’a été associé. Le nombre de séances a été limitité a quatre, les patients qui ont été complètement soulagés n’ont pas été traités à nouveau.

Participants

Douze patients souffrant de douleurs abdominales depuis plus de trois mois et non soulagés par un traitement médicamenteux ont été inclus dans l’étude. Tous les patients ont été soumis à une étude d’imagerie en approfondi pour écarter toute cause viscérale évidente de la douleur ou des problèmes spécifiques de la paroi abdominale tels que hernie, lipome, etc. Les patients présentant un syndrome douloureux régional chronique, un problème viscéral, des problèmes hormonaux ou liés à la grossesse ont été exclus de l’étude.